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Danger au Travail, Fausse Note, Pile de Pneus
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Danger au Travail, Fausse Note, Pile de Pneus

Danger au Travail

Christelle Chamberland: C'est peut-être le personnage le plus célèbre de l'histoire de la publicité. C'est, en tout cas, le plus gros. Le bonhomme Michelin célèbre son centième anniversaire.

Elle s'appelle Isabella. Elle chante à la gloire du Front National. Le plus étrange, c'est que c'est une femme noire venue d'Afrique.

Mais, tout d'abord, je rencontre celles que le système judiciaire français a laissées pour compte. Les victimes du harcèlement sexuel se plaignent que la loi est insuffisante.

Ce film, qui a été fait pour la télévision française, est basé sur une histoire vraie. Christine travaille dans une entreprise d'imprimerie à Paris, et elle est harcelée par son patron.

Christine: Voilà, fini.

Patron : Christine, tu m'entends? Un jour ou l'autre, il faudra que tu cèdes.

Christelle Chamberland: Le harcèlement sexuel devient de plus en plus sérieux et pousse Christine au bord de la dépression nerveuse. Le département du Vaucluse, autour d'Avignon, dans le sud. Très peu de poursuites judiciaires pour harcèlement sexuel aboutissent ici, et cela reflète un problème national.

En France, la loi sur le harcèlement sexuel n'a que 6 ans. Elle rend possible les amendes et l'emprisonnement, mais elle ne s'applique qu'au harcèlement de subalternes par leurs supérieurs.

Véronique Tagliarino pense que la loi n'a servi à rien. Aujourd'hui, elle tient un étal au marché; mais il y a deux ans, elle travaillait comme serveuse dans un hôtel de la région. Les problèmes avec son patron n'ont pas tardé.

Véronique Tagliarino : Il a commencé à me faire des mimiques, en tirant la langue, en haussant les sourcils, en faisant comme ça: «Non? Tu veux pas?» Quand il a fait ça, je me suis dit, «Il y a quelque chose qui va se passer.» Tout d'un coup, je me sens attrapée par derrière, il me plaque contre l'armoire, il m'attrape un sein. Avec l'autre main, il cherche à insérer son doigt à l'intérieur. J'ai eu un mouvement de colère et de répulsion plus que de peur. Je me suis retournée, je l'ai poussé à 2 mètres, il a atterri sur l'armoire de l'autre côté.

Christelle Chamberland: Véronique a porté plainte pour harcèlement sexuel au travail, mais l'affaire a été rejetée. Véronique a fait appel de la décision mais elle a encore perdu.

J'ai discuté de ce procès avec le procureur qui est accusé de ne pas prendre le harcèlement sexuel assez au sérieux.

Michel Aubourg : On nous a dit que l'intéressé avait été grivois, avait essayé de profiter d'une situation, mais on pourrait presque dire d'une façon normale.

Christelle Chamberland: Le harceleur a reconnu avoir dit: «Tu te soumets ou tu te démets.»

Michel Aubourg : Dans la procédure, il contestait l'ensemble des faits, l'aspect de contraintes, de violence, d'abus d'autorité, en prenant ça à la légère, à la plaisanterie... mauvaise.

Christelle Chamberland : Les journaux locaux semblaient confirmer que ce n'était qu'un peu de grossièreté.

Mais notre enquête ne s'arrêtait pas là. Je suis allée rencontrer l'homme en question à son hôtel.

Harceleur : J'ai fait la pétée avec des clients. Le soir, je me suis permis d'embrasser cette fille dans le cou, sans plus. De suite, je me suis confondu en excuses. C'est pas dans mon tempérament.

Christelle Chamberland: Elle dit que vous l'avez touchée à la poitrine.

Harceleur: Oui, oui... que j'ai essayé de passer la main dans le dos, descendre plus bas. C'est tout à fait faux.

Christelle Chamberland: L'obstacle majeur dans un cas de harcèlement sexuel, c'est de prouver qu'il y a eu contraintes de la part d'un supérieur.

Catherine Rougon était la secrétaire particulière du directeur du musée de L'Isle sur Sorgue. Elle dit avoir fait l'objet de demandes et de propositions déplacées.

Catherine Rougon: Il me faisait des avances ou des propositions pas très honnêtes si je peux m'exprimer ainsi.

Christelle Chamberland: Quel genre?

Catherine Rougon: Savoir si je ne voulais pas partir en voyage avec lui, des réflexions sur ma vie privée, savoir ce qui se passait le soir avec mon ami, me demander si tout se passait bien, si je ne voulais pas avoir d'autres expériences.

Christelle Chamberland: Catherine a porté ses allégations devant le tribunal, mais l'affaire a été rejetée. Elle est devenue très déprimée.

Catherine Rougon : C'est très difficile de se retrouver seule contre tout le monde, qui ne vous croit pas et essaie de vous prouver que vous êtes dans le faux.

Christelle Chamberland: Le directeur du musée a été acquité. Le procureur explique cette décision.

Michel Aubourg: Il avait un langage un peu grossier, mais il contestait tout agissement sur cette jeune fille.

Christelle Chamberland: Elle nous a dit qu'il y avait des attouchements: épaules, bisous sur la joue.

Michel Aubourg : Oui, mais là-dessus, on n'a pas été suivi par le tribunal qui a déclaré que les faits n'étaient pas caractérisés.

Christelle Chamberland: À Paris, j'ai discuté du problème du harcèlement sexuel avec Catherine le Megueresse, de l'organisation contre la violence faite aux femmes au travail. Elle veut étendre la définition au-delà de «menaces d'un supérieur».

Catherine Le Megueresse: Il y a en cours un projet de modifier cet article du code pénal, en ajoutant «pression de toute nature», ce qui permettrait d'élargir la définition et de couvrir d'une façon plus correcte la nature du harcèlement sexuel.

Christelle Chamberland: Il y a une évolution positive. Marise Mercier est la première femme à avoir gagné un procès pour harcèlement sexuel en conseil des prud'hommes.

En 1993, elle travaillait dans une usine de peinture quand le directeur a commencé à exiger certaines choses.

Marise Mercier : Il fallait que je me coiffe de telle façon, en pensant à lui. Lui, de son côté, penserait à moi en train de le faire. Après, ça a été très vite les conversations beaucoup plus crues. Je n'en citerai pas 36, mais pour montrer le côté cru: «Tu me fais chier, j'ai envie de te faire l'amour.»

Christelle Chamberland: Marise avait le soutien de sa famille et de ses amis. Elle avait aussi des témoins qui pouvaient confirmer que son patron l'avait menacée de renvoi si elle ne se soumettait pas à ses demandes.

Le procès au conseil des prud'hommes a été différé pendant plusieurs années. Mais finalement, Marise est entrée dans l'histoire.

Marise Mercier : Tous les gens dans la rue, j'avais envie de leur dire: «Si vous saviez ce que j'ai gagné. J'ai gagné! J'ai gagné!» Je n'avais pas fait une histoire d'argent. Je voulais que ce soit reconnu: vous avez vécu ça, on va le punir pour ça.

Christelle Chamberland: Le tribunal a accordé 140 000 francs de dommages et intérêts à Marise. Son harceleur n'a pas été inculpé. En ce qui concerne le droit pénal, même le procureur reconnaît que les harceleurs peuvent s'en tirer à bon compte.

Michel Aubourg : Sur le plan stricto sensu du harcèlement sexuel dans le cadre professionnel, la protection n'est pas assurée et elle ne le sera pas, ça reste très difficile à prouver. On n'a pas de réponse définitive, pour voir si la loi est bonne ou mauvaise. Je crois qu'elle est mauvaise.

Christelle Chamberland: À la fin du film fait pour la télévision, Christine est sérieusement agressée par son patron.

Patron: Arrêtez de m'exciter.

Christelle Chamberland: Dans l'affaire réelle sur laquelle le film est basé, l'homme a été inculpé et condamné. C'est l'une des rares fois où justice a été faite. Bien trop souvent, les Françaises ne reçoivent pas la protection dont elles ont besoin.