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Profs en Grève, Chaînon Manquant, Temps Libre Temps Libre
Christelle Chamberland: Les Britanniques se plaignent de travailler les heures les plus longues d'Europe. Les Français, eux, se dirigent vers une semaine de 35 heures. Catherine Guilyardi mène l'enquête. Une soirée dans la ville de Lyon - la France au meilleur de sa distinction, de sa détente et de son élégance... où même les boissons en bouteille ont un je ne sais quoi. Certains affirment que cette élégance raffinée ne durera pas dans ce monde moderne, d'autres que la France peut défier les excès du marché mondial. En France, nous prenons la bonne vie très au sérieux. Ce n'est pas une surprise si la compagnie qui fabrique notre boisson non alcoolisée la plus populaire est aussi celle qui montre le chemin vers une révolution dans le milieu du travail. La boisson en question c'est Orangina. Elle est aussi française que, disons, Coca-Cola est américain. C'est LA boisson française non alcoolisée depuis 1936. Orangina est une des premières compagnies à introduire la semaine des 35 heures. Ce changement devance la loi du gouvernement socialiste qui obligera les entreprises à réduire le nombre d'heures de travail. Les employés d'Orangina ont accepté un gel des salaires pour une durée de deux ans en échange de plus de temps libre.: À l'usine Orangina près de Lyon, Jean Bernard Brossard, le chef d'équipe, est enthousiasmé par le projet. Jean Bernard Brossard : On a l'impression d'être moins au travail. Il y a moins de stress puisqu'il y a moins d'heures. Ça a amélioré. Christelle Chamberland : Alain Trepon travaille aussi à la chaîne de fabrication. Vous trouvez que c'est économiquement possible que les gens travaillent de moins en moins? Alain Trepon : Vu le nombre de chômeurs, il n'y a que cette solution. Beaucoup de jeunes sont au chômage en sortant de l'école, même avec des diplômes. Si on peut créer des emplois, ce serait bien. Christelle Chamberland: La nouvelle politique d'Orangina avantage déjà certains jeunes. Olivier, par exemple. Olivier : Depuis janvier, je travaille chez Orangina grâce à cette loi qui est bien arrivée. Christelle Chamberland : Vous étiez au courant que vous travailleriez 35 heures? Olivier : Pas du tout. C'est en arrivant ici qu'on m'a dit qu'on travaillait 35 heures. Christelle Chamberland : Vous étiez content? Ça change votre vie, vos loisirs, vos relations avec les autres? Olivier : Oui, bien sûr. On a un peu plus de temps libre. Christelle Chamberland : La direction d'Orangina a vu des avantages commerciaux et politiques à la semaine des 35 heures. Jean-Marc Morel: La société Orangina avait plusieurs avantages à passer à 35 heures. Nous devions embaucher des personnes supplémentaires. Nous avons choisi de renforcer nos équipes de vente. Ainsi, nous pensons gagner des parts de marché. C'est très important aujourd'hui Christelle Chamberland: À Lyon, on voit la vie en orange. Mais il y a des sceptiques, même parmi ceux qui font référence à nos voisins britanniques. Homme : Déjà, les gens sont pas très motivés pour le boulot. Ça va à l'inverse des choses. On fait l'inverse de ce que font les Anglais. Non, je suis pas pour. Christelle Chamberland : Le mouvement des entreprises de France a perdu la bataille de la semaine des 35 heures, mais son représentant à Lyon méprise toujours le projet. Daniel Closon: Le passage aux 35 heures me paraît une absurdité. C'est soi-disant pour créer des emplois. Ça va créer exactement l'effet inverse. Pourquoi? Ça va renchérir les coûts salariaux. Les marchés vont aller aux entreprises anglaises, américaines, allemandes. Ça va mettre de côté nos salariés moins doués car il va falloir que nos entreprises soient plus performantes. Donc on va garder les meilleurs. On va créer du chômage alors qu'on cherche à le diminuer. Nous ne comprenons toujours pas cette mesure. Christelle Chamberland: Le projet d'Orangina et la nouvelle loi du gouvernement soulignent l'énorme différence qu'il y a entre la philosophie économique de la France et celle de la Grande-Bretagne. Vous laissez faire le marché, nous intervenons pour créer des emplois. Et les employés? Valérie Berthoin fait partie de l'équipe des ventes. Son salaire est bloqué, mais elle est contente de l'augmentation du nombre d'employés. Valérie Berthoin : Pourquoi pas? C'est un moyen de partager le travail avec ceux qui n'en ont pas. Ce n'est pas moins travailler, c'est partager. D'autres personnes participent à l'effort de productivité de l'entreprise. Christelle Chamberland: Mais quel modèle économique l'emportera? Celui des Britanniques ou celui des Français? La réponse n'est peut-être pas entre les mains du gouvernement. Pour les compagnies, cela pourrait dépendre de qui en est propriétaire. Qu'on le veuille ou non, la France fait partie du marché mondial. Orangina aussi. Son propriétaire français, Pernod Ricard, va vendre la célèbre boisson à une compagnie qui cultive une toute autre image. L'accord n'est pas encore conclu, mais Coca-Cola est sur le point d'acheter Orangina. La compagnie américaine a sans doute sa propre opinion sur la semaine de travail. Après tout, on ne voit peut-être pas la vie en orange. Et peut-être que les employés vont être secoués comme dans les publicités. Ce flipper figure dans l'une des dernières publicités -incomfortable pour les participants. La suite montre un jeune à la recherche d'un emploi.: Jeune : Ça consiste en quoi, le boulot? OK, bon, je vais réfléchir.
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