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Profs en Grève, Chaînon Manquant, Temps Libre Chaînon Manquant
Christelle Chamberland: C'est une merveille de la technologie moderne. Elle rend la France plus petite, mais le trajet vers le 21ième siècle n'est pas toujours sans problème. Sur le pont d'Avignon - merveille des ingénieurs de l'époque médiévale. Aujourd'hui, Avignon est le témoin d'un grand projet technologique du 20ième siècle. Spot publicitaire: Le véhicule du futur sera équipé d'un système de sécurité totale. Il filera sur des autoroutes électromagnétiques à plus de 300 km/h. Ce véhicule existe déjà. C'est le TGV. Christelle Chamberland : Le train à grande vitesse est peut-être le meilleur moyen de se déplacer. Mais comme le pont, il ne relie toujours pas l'autre côté. Il manque un chaînon à la ligne de TGV Paris-Marseille, et le train s'arrête brusquement ici, à Avignon. Néanmoins, le puissant gouvernement central veut que la ligne soit prolongée, quel qu'en soit le coût. La SNCF est déjà en train de se frayer un chemin à coups d'explosifs à travers la campagne. Les considérations locales et écologiques ont été reléguées au second plan. La nouvelle liaison TGV nécessitera la construction de 20 viaducs, 400 ponts et il faudra percer 13 km de tunnels. Son coût sera supérieur à 20 milliards de francs. Est-ce que ça en vaut vraiment la peine? J'en ai parlé à Gilles Cartier, le responsable du projet, près d'un pont tout neuf à côté d'Avignon. Est-ce que vous pensez que le coût énorme de ce projet justifie un gain de temps entre Paris et Marseille? Gilles Cartier : Le territoire français est à l'échelle de l'avion, du train et surtout du TGV. Pouvoir traverser du nord au sud le pays en 3 à 4 heures dans des conditions de confort est tout à fait intéressant. Effectivement, c'est économiquement une nécessité. Christelle Chamberland: La Provence est une des plus belles régions de France. Son patrimoine historique remonte à l'époque des Romains. Le nouveau tracé coupe à travers ce paysage; et la SCNF a dû batailler contre les gens du pays. Beaucoup de gens dans la région pensent qu'ils ont été complètement ignorés par des décideurs parisiens et hautains, et ils admettent mal devoir sacrifier leur magnifique campagne au bénéfice des voyageurs de la métropole. Plus de 400 maisons ont été rasées le long de la nouvelle ligne, et 5000 personnes ont dû quitter leurs terres. Même ceux dont les maisons sont toujours debout ont eu leurs vies brisées. Patrick Tell et sa famille cultivent cette terre. Il y a 4 ans, ils ont appris que la ligne de TGV la traverserait. Patrick Tell: Le problème, c'est surtout les travaux. Quand vous avez des millions de cubes de terre qui se promènent là, toute la journée et des dumpers, des bulls, des bip bip... Le soir, on en a marre. Au début, c'était insoutenable, infernal. Christelle Chamberland: Tellement insoutenable que les parents de Patrick ont dû partir. Son père est devenu cardiaque. Patrick Tell : Mon père est malade, il est même très malade. Il prend une vingtaine de comprimés par jour. Christelle Chamberland : Une protestation locale a eu de l'effet. À la périphérie d'Avignon, on a organisé une campagne pour dévier la ligne. Son meneur était Yves Kergroas. Yves Kergroas : On avait l'impression d'être une force qui déferlait dans la ville. Nous étions 2000, 3000, 4000 gens qui hurlaient. Il me revient en mémoire la chanson: «TGV, t'es foutu; la Provence est dans la rue.» Tous ensemble, on pouvait faire reculer le TGV, le symbole de la puissance de l'État. C'est l'histoire de David contre Goliath. Christelle Chamberland : Cette fois-ci, David a battu Goliath, et la ligne a été déviée. Il est rare qu'on ait modifié le tracé de la ligne TGV pour convenir aux gens du pays. Beaucoup de gens qui vivent près de la ligne sont comme Patrick. Ils disent que leurs vies sont ruinées et que les dédommagements sont insuffisants. Patrick Tell: Ils ont bien dédommagé ceux qui étaient sur l'emprise. On a laissé plus sur la touche les gens qui étaient au bord. Eux, par contre, ils ont eu une nèfle. Christelle Chamberland: Les dédommagements sont calculés en fonction de la distance entre les maisons et la ligne. Pour les familles qui habitent à moins de 100m du TGV, les dédommagements sont généreux. Mais la ferme de Patrick Tell est juste au-delà des 100 m et il recevra beaucoup moins. Patrick Tell : De savoir qu'il va y avoir un train toutes les huit minutes, c'est pas vivable. Je pense pas que qui que ce soit puisse supporter des nuisances pareilles. C'est pas possible. Christelle Chamberland : Rien n'arrêtera le TGV. Et ses directeurs maintiennent que les personnes les plus directement touchées ont été généreusement indemnisées. Gilles Cartier : Ces problèmes sont quasiment réglés aujourd'hui. Toutes les maisons qui sont sur le tracé ont été rachetées dans des conditions financières tout à fait convenables. Nous avons payé le prix juste et nécessaire. Patrick Tell : On est une merde, je vais pas mâcher mes mots. Tu es là aujourd'hui; demain, si on décide, tu es pas là. On te met un coup de pied et tu te démerdes. Christelle Chamberland: À la gare d'Avignon, l'opinion générale est que le chaînon manquant de la ligne du TGV de Marseille devrait être fini dès que possible. Femme 1 : Ça rallie quand même le nord au sud. Voilà, c'est important. Femme 2 : C'est sa vitesse... Les routes sont encombrées, c'est une bonne chose que les gens prennent le train. Christelle Chamberland : La nouvelle ligne ouvrira en 2001. Pour les Français, c'est une question de fierté ainsi que de commodité.
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