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La Guerre des Bouffes, Ça Roule, SOS
Paysans
SOS Paysans
Christelle Chamberland: Le nom résume leur situation
désespérée. SOS Paysans, c'est le sujet du reportage
de Catherine Guilyardi. L'organisation lutte pour sauver les petits
agriculteurs.
Ceci est le signal qui marque le début du commerce
quotidien à St Étienne Du-Grès, en Provence.
Les grossistes paient les producteurs cash. Les marchands de
fruits et légumes et les restaurateurs traitent directement
avec les agriculteurs. C'est la tradition. Or aujourd'hui les
choses changent.
Fermier 1: Elle est là, la crise. On vend notre
marchandise aux prix d'il y a 20 ans. Le problème, il est
là.
Christelle Chamberland : Le marché n'est plus ce
qu'il était. Aujourd'hui, les hypermarchés regardent plus
loin que la France, vers le reste de l'Europe et le reste du monde.
Le petit producteur français y perd.
Fermier 2 : Les grandes surfaces vont s'approvisionner en
Espagne, dans les pays étrangers au détriment de nous
autres. Eux ils sont compétitifs, nous, on ne peut pas
l'être.
Christelle Chamberland: Une image d'abondance dans
l'estuaire du Rhône. Pourtant, la réalité est bien
différente. Au cours des vingt dernières années, 4
agriculteurs sur 10 ont disparu dans la région. La plus grande
partie des terres arables et de nombreuses serres sont
abandonnées.
Olivier et Dominique Verbrugghe ont commencé à
cultiver des melons il y a 10 ans. Ils ont emprunté pour
agrandir au moment où les prix étaient élevés.
Quand le marché a chuté, ils n'ont pas pu payer les
intérêts de leurs prêts et ont fait faillite.
Dominique Verbrugghe : On ne pensait pas du tout
s'arrêter 8 ans après. Quand on a démarré, on
ne pensait pas s'arrêter si vite.
Olivier Verbrugghe: On était super optimistes. On
avait plein de projets, on voulait agrandir, remonter des serres.
On a été vite déçus. On est vite
retombés.
Christelle Chamberland: Les Verbrugghe ont tourné la
page et tous les deux ont trouvé du travail temporaire. Mais
ils sont toujours endettés et ils veulent tout faire pour ne
pas perdre leur maison.
L'homme qui vient les voir peut peut-être les sauver.
Francis Thomas s'occupe de SOS Paysans, une organisation qui vient
en aide aux petits cultivateurs en difficulté. Avec le soutien
de banques coopératives, SOS Paysans monte des compagnies dont
le but est d'acheter des fermes pour que les petits exploitants
agricoles puissent en rester les tenanciers.
Demain, Francis accompagnera les Verbrugghe à une
réunion avec le représentant du tribunal qui supervise
leur faillite. Ils portent un toast à un résultat qu'ils
espèrent positif. Leur optimisme s'avère
justifié.
Avocat : On va arriver dans le cadre de votre
procédure collective, à ce que votre actif soit
réalisé sans passer par les enchères, à ce qui
paraissait impossible il y a quelques mois: à vous laisser
dans votre maison.
Christelle Chamberland: En ce moment, SOS Paysans aide
170 petits agriculteurs de la région grâce à des
plans de remboursement et des projets qui leur permettent de garder
leurs maisons. L'organisation traite aussi des problèmes
personnels.
Francis Thomas : On assiste à des suicides, des
dépressions, des maladies graves d'agriculteurs persuadés
qu'ils ne s'en sortiront pas.
Christelle Chamberland: Michel Capanni, lui, s'en est
sorti. Il y a 6 ans, sa ferme a connu des problèmes
financiers. SOS Paysans était là pour l'aider. Ses dettes
n'étaient pas trop importantes et des mesures ont
été prises pour organiser un remboursement sur10 ans.
Après cette expérience, il a abondonné
l'agriculture conventionnelle, et avec sa partenaire, ils se
consacrent maintenant à l'agriculture biologique. Tous leurs
produits sont biologiques, mais ça n'est pas la solution pour
tout le monde.
Michel Capanni : Si tous les agriculteurs étaient en
bio, on passerait encore par les marchés classiques, par les
centrales d'achats. On retrouverait les mêmes personnes pour
nous tirer dessus.
Christelle Chamberland: Certains cultivateurs ne peuvent
plus être secourus, même par SOS Paysans.
Francis Thomas: On voit des familles qui ont jusqu'à
10 fois leur chiffre d'affaires en dettes. C'est insoluble.
Christelle Chamberland: La famille Dumont a fait faillite
il y a deux ans. SOS Paysans n'a pas pu l'aider. Ils habitent dans
une grande caravane qui ne remplit pas les conditions requises pour
bénéficier de l'opération de sauvetage. C'est le
tout dernier soir où Michel Dumont peut dire qu'il
possède sa propre ferme.
Michel Dumont : En ce moment, on est en train de vivre
cet échec. J'aime cultiver, faire pousser mes melons, mes
tomates. C'est ma passion, c'est ma vie.
Christelle Chamberland: Le tribunal joue un rôle
central dans la cession-vente des fermes en faillite. La terre et
les serres des Dumont sont mises aux enchères tout près
de là, à Tarascon. Il n'y a qu'une offre pour l'instant,
mais d'autres viendront peut-être. Malheureusement, non. Le
juge autorise la vente des terres des Dumont pour la somme de 150
000 francs. Michel n'a pas eu le courage d'aller au tribunal.
Bientôt il sera expulsé et quelqu'un d'autre
possédera ses terres.
Michel Dumont : J'ai peur que ce soit des gens qui ne
sont pas agriculteurs, qui ne vont pas respecter le sol comme moi
j'ai essayé de le respecter.
Christelle Chamberland: Fabien, le fils de Michel, l'aide
à cueillir sa dernière petite récolte de fraises.
L'expulsion de la famille est une tragédie personnelle. C'est
aussi une tragédie communautaire: Les petits agriculteurs ne
survivront pas.
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