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La Prime Bébé, Coup de Tête,
Rap des Villes
La Prime Bébé
Christelle Chamberland: C'est le groupe de rap le plus
populaire en France - même si certains disent que leur musique
encourage la violence dans les banlieues.
Il n'y a pas de transfert de plusieurs millions de francs ni
d'énormes opérations de sponsoring. Pourtant, c'est un
sport qui fait rêver des milliers de Français.
Mais pour commencer, le Front National prétend qu'il n'est
pas raciste. Pourtant dans le sud de la France il récompense
les parents blancs qui ont des bébés blancs. Le reportage
de Catherine Guilyardi.
Cette ville ressemble à une ville provençale
ordinaire, avec son vieux quartier pittoresque. Les HLM ne la
différencient pas spécialement. Mais cette banlieue de
Marseille est la scène d'expériences politiques
alarmantes.
L'ambiance a changé à Vitrolles depuis que le Front
National a pris le contrôle du conseil municipal il y a 15
mois. La police municipale est plus qu'une police de voisinage. Les
policiers ont de nouveaux pouvoirs, des uniformes neufs bien
distincts et ils sont armés. Ils ont pour effet de faire peur
et de dissuader- mais qui exactement?
Catherine a rencontré le maire adjoint Front National; il
se réjouit de l'impact de cette nouvelle force sur la
ville.
Hubert Fayard, maire adjoint.: Les voyous savent que,
désormais, ils ont de véritables policiers en face d'eux,
pas des majorettes. La peur a changé de camp. Auparavant, la
peur était dans le camp des honnêtes gens. Depuis notre
arrivée elle est passée dans le camp des voyous. C'est ce
qu'attend la majorité de la population.
Christelle Chamberland: Les gens s'attendent à autre
chose du FN: à la discrimination raciale. Et à Vitrolles,
c'est ce qui se passe. Véronique Delessert et son
bébé Claudia ont été les premières à
recevoir la prime de naissance du Front National.
Véronique Delessert: Une amie m'a dit: «Je t'ai
inscrite sur la liste pour la prime de naissance.» J'ai dit:
«Ah bon.» Elle m'a dit: «Il faut que ce soit
voté par la préfecture.» J'ai dit
«D'accord.» Je ne pensais pas que ce serait accepté.
Ensuite, on nous a convoqués pour voir si on remplissait les
conditions: si on habitait à Vitrolles, depuis combien de
temps, si on était français. On nous a dit que ce serait
médiatisé.
Christelle Chamberland: Il y a eu beaucoup de
publicité. Véronique et Guy, son mari, ont été
les premiers bénéficiaires de la prime de naissance de
5000 francs. D'autres ont suivi, mais ils sont restés
anonymes.
Hubert Fayard: C'est un geste de solidarité, 5000
francs. On ne peut pas l'attribuer à tout le monde. Les
critères sont: habiter Vitrolles depuis deux ans; les
habitants des autres communes viendraient à Vitrolles pour
toucher 5000 francs. C'est le premier critère. Le second,
c'est le critère de nationalité. L'un des parents doit
être français ou ressortissant de la communauté
européenne, donc britannique.
Catherine Guilyardi: Vous avez créé une
ambiance qui fait que les étrangers ne se sentent pas
bienvenus à Vitrolles?
Hubert Fayard: Je préférerais qu'on parle
d'immigrés. J'ai pas de problèmes avec les
Américains qui habitent à Vitrolles. Ce sont des
étrangers, certes. Mais il vaut mieux parler d'immigrés.
Certains immigrés sont partis. Un ami qui a une agence
immobilière m'a dit qu'on assiste au départ de familles
étrangères, notamment immigrées. C'est positif.
Christelle Chamberland: L'ambition de Monsieur Fayard de
vider Vitrolles de ses immigrés est en train de se
réaliser. Nakhla Ramal est née en Algérie mais elle
habite à Vitrolles depuis 10 ans. Ses 3 enfants sont nés
ici. Elle a un permis de séjour mais elle n'a pas la
nationalité française. Elle estime que Vitrolles n'est
plus un endroit où elle veut élever sa famille.
Nakhla Ramal: C'est un vrai problème, Vitrolles. On
sait pas ce qui se passe, dans l'avenir... Moi, il faut que
j'aille. Il y a beaucoup de monde qui ne veulent plus rester ici,
sur Vitrolles.
Christelle Chamberland: Pour Véronique Delessert
aussi, la vie à Vitrolles est plus difficile depuis la prime
de naissance de 5000 francs.
Véronique Delessert: Je pensais que ça allait
être médiatisé aux infos régionales; mais une
mesure comme ça... ça va en dehors des principes
français. C'était obligé que ça fasse une
affaire d'état.
Christelle Chamberland: Dans sa première et unique
interview télévisée, Véronique a dit à
Catherine combien elle regrettait d'avoir joué au jeu de la
politique raciale du Front National.
Véronique Delessert: Toutes les femmes qui donnent
la vie sont des femmes, qu'elles soient noires, blanches, chinoises
ou marocaines. On ne doit pas dire: les Françaises sont
meilleures.
Christelle Chamberland: Vous vous sentez blessée par
cette image qu'on a donnée de vous?
Véronique Delessert: Oui, tout à fait. Je
refuse cette image. Je ne peux pas l'accepter. Je suis très
émue, excusez-moi. Mes parents auraient honte s'ils me
voyaient. Je n'ai plus mes parents. Pour mes parents, et pour mes
enfants plus tard, je ne veux pas rester avec une image comme
ça.
Christelle Chamberland: La crise de conscience de
Véronique est pratiquement passée inaperçue en
France où l'attention s'est portée sur les gains
électoraux du Front National. Mais la prime de naissance de
Vitrolles est toujours considérée comme un défi aux
valeurs françaises.
Maintenant la politique du FN se heurte à un problème:
la prime de 5000 francs aux nouveaux bébés a
été déclarée anticonstitutionnelle et a
été interdite.
Pourtant ces revers judiciaires sont peu dissuasifs pour le
Front National tant qu'il peut en tirer un profit politique.
Hubert Fayard: Le tribunal a considéré que
cette prime était illégale. C'est la meilleure preuve qu'
on ne peut pas aider son peuple.
Catherine Guilyardi: Ce n'est pas une trop grosse
défaite pour le Front National? Vous allez continuer à
vous installer à Vitrolles?
Hubert Fayard: Pour la prime de naissance, on va
continuer. On a fait appel de la décision. Nous allons
continuer à défendre les familles françaises de
Vitrolles. Nous verrons les formes que prennent ces aides dans
l'avenir.
Christelle Chamberland: Aujourd'hui, Véronique n'a
plus rien à voir avec le Front National.
Véronique Delessert: On a décidé de rendre
la prime. On a contacté la mairie et on a rendu cette prime
qu'on trouvait injuste, immorale. On est contents de l'avoir fait.
Maintenant on se sent soulagés. Il fallait le faire. Pour nous
c'était important.
Christelle Chamberland: Mère et enfant sont devenus
les symboles puissants d'un Front National qui connaît un
nouvel essort. Désormais, Véronique a rejeté toutes
ces valeurs racistes. Vitrolles, quant à elle, reste une
ville-clé pour le Front National et ses expériences
sociales.
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